
Une victoire sans effet
Le 30 octobre 2025, l’Assemblée nationale a adopté, à une voix près, une proposition de résolution déposée par le Rassemblement national pour dénoncer les accords franco-algériens du 27 décembre 1968. Le parti a crié victoire, affirmant avoir « corrigé une injustice historique ». Mais juridiquement, il ne s’est rien passé. Le RN a fait du bruit, sans produire la moindre conséquence légale.
Une résolution n’est pas une loi. Elle n’a aucune portée normative et ne modifie ni les traités ni les droits. Seul le gouvernement a la compétence d’engager une dénonciation officielle. En votant ce texte, le RN n’a donc rien changé : il a simplement mis en scène une posture d’autorité. C’est un geste d’apparat, un simulacre de pouvoir destiné à occuper le champ médiatique. Le vent a soufflé, mais rien n’a bougé.
L’accord de 1968, un symbole plus qu’un régime d’exception
Les accords franco-algériens de 1968 sont un produit du temps des indépendances. Ils encadraient le séjour, le travail et la circulation des ressortissants algériens en France. Révisés plusieurs fois depuis — en 1985, 1994 et 2001 —, ils ne confèrent plus aucun privilège significatif : leurs dispositions ont été alignées sur le droit commun européen. En pratique, il s’agit d’un texte à portée surtout historique.
Mais pour le RN, l’intérêt n’est pas juridique. Il est symbolique et identitaire. En s’attaquant à un accord hérité de la décolonisation, le parti réactive la mémoire coloniale et rejoue le vieux scénario du « eux contre nous ». Peu importe que l’accord n’ait plus d’impact concret : l’essentiel est d’en faire un totem, un objet émotionnel capable de réveiller les réflexes d’appartenance nationale. Cette stratégie est habile : elle substitue la dramaturgie à la politique. Le RN fabrique des ennemis pour mieux se présenter comme le dernier défenseur d’une souveraineté blessée.
L’illusion d’un parti d’action
Depuis son entrée en force à l’Assemblée, le RN maîtrise la communication parlementaire. Ses « niches » législatives, c’est-à-dire ses journées réservées, deviennent des scènes de théâtre politique où l’efficacité importe moins que l’image. Chaque texte déposé, même sans effet, est présenté comme une avancée ou un acte de résistance face au « blocage des élites ».
Mais cette mise en scène trahit un paradoxe : le RN n’agit pas sur le réel. Il occupe le temps médiatique, pas le terrain institutionnel. Sa force réside dans le geste, pas dans la décision. Ce que le parti vend, c’est une illusion d’efficacité, une image d’énergie réformatrice sans contenu. Il ne cherche pas à gouverner : il mime le gouvernement. Le performatif remplace le programmatique.
Une victoire en trompe-l’œil
L’adoption de cette résolution n’a rien d’un triomphe. Elle révèle au contraire la faiblesse du RN, prisonnier de son rôle d’opposition théâtrale. Incapable d’imposer une loi ou d’influer sur le pouvoir exécutif, il se contente d’un vote sans effet. Cette impuissance politique est alors travestie en victoire morale. Le symbole tient lieu de bilan.
Mais le calcul est risqué : à mesure que l’opinion publique s’informe, la supercherie devient visible. Quand les Français découvriront que la résolution n’a aucune conséquence juridique, la colère risque de se retourner contre ceux qui l’ont orchestrée. L’opération de communication pourrait devenir un boomerang politique : plus la promesse est vide, plus la déception sera lourde.
Le risque du retour de flamme
Le RN croit démontrer sa crédibilité en faisant voter des textes. Mais la politique ne se mesure pas au nombre de résolutions déposées : elle se mesure à la capacité d’agir. En multipliant les gestes symboliques, le parti s’expose à apparaître comme ce qu’il prétend combattre — un parti d’apparence, verbeux et impuissant.
Ce piège est d’autant plus cruel que le RN a bâti son image sur le rejet du « théâtre politique ». Le voilà désormais acteur principal de ce théâtre. À force d’occuper la scène, il en adopte les codes. L’agitation remplace la stratégie, la posture remplace la gouvernance. Le RN devient ce qu’il dénonçait : un parti qui parle beaucoup mais fait peu.
Un parti pris à son propre piège
Là où la France de gouvernement pèse chaque mot, le RN sature l’espace public. Ses élus déclenchent polémiques et indignations à chaque séance, comme s’ils détenaient le pouvoir. Mais le réel les rattrape : l’accord de 1968 reste en vigueur, les relations avec Alger n’ont pas changé, et l’immigration continue selon les mêmes procédures.
Cette dissonance révèle un fond plus profond : le RN confond le pouvoir avec le discours. Il croit qu’occuper le terrain médiatique équivaut à gouverner. Pourtant, sans appareil administratif, sans alliés institutionnels, sans stratégie économique, il reste spectateur du système qu’il prétend renverser.
Ce qui devait être une démonstration de force devient un aveu d’impuissance. Le parti qui se veut « national » se montre incapable de maîtriser la mécanique de l’État.
Conclusion : le vent tourne
Le RN voulait prouver qu’il savait gouverner. Il n’a prouvé qu’une chose : qu’il ne gouverne pas. En célébrant une résolution sans effet, il expose le vide stratégique de son discours. Ce n’est pas une victoire politique, c’est une erreur de dramaturgie, une mise en scène qui finit par trahir son acteur.
La politique, elle, ne se réduit pas à un geste ou à une déclaration. Elle se juge à la capacité de modifier le réel. Et sur ce point, le RN vient de se condamner à son propre piège : le vent du pouvoir souffle fort, mais il ne porte rien.
Sources :
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LCP – Dénonciation des accords franco-algériens : un texte du RN adopté à une voix près
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Libération – Accords franco-algériens : que contient le texte du RN adopté à l’Assemblée ?
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Assemblée nationale – Proposition de résolution n°2345 du 27 octobre 2025
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