Les BRICS aiment se présenter comme une alternative au G7 et plus largement à l’Occident. Leur élargissement en 2024, avec l’entrée de pays comme l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Égypte ou l’Éthiopie, est brandi comme la preuve de leur montée en puissance. Pourtant, cette stratégie comporte une faille majeure : plus on multiplie les membres, plus il devient difficile de construire une politique cohérente. L’élargissement des BRICS apporte du poids symbolique, mais au prix d’une efficacité politique et stratégique affaiblie. dossier politique
Un élargissement voulu par la Chine
L’initiative d’élargir les BRICS vient principalement de Pékin. La Chine veut transformer ce forum en instrument de son influence mondiale. En intégrant de nouveaux pays, elle cherche à :
-
Afficher une masse démographique et géographique impressionnante face au G7.
-
Consolider son rôle de leader du “Sud global”.
-
Obtenir davantage de soutiens dans les institutions internationales, notamment à l’ONU.
La Russie soutient aussi cette extension, mais pour des raisons différentes. Sanctionnée et isolée depuis la guerre en Ukraine, Moscou a besoin de montrer qu’elle n’est pas coupée du monde. L’élargissement lui offre une vitrine diplomatique où elle peut apparaître entourée de partenaires, même si la réalité est beaucoup moins solide.
Les nouveaux entrants : une mosaïque d’intérêts
À première vue, accueillir de nouveaux pays renforce la légitimité internationale des BRICS. Mais si l’on regarde de près, chaque adhésion ajoute autant de problèmes que d’atouts.
-
Arabie saoudite : le royaume wahhabite veut diversifier ses partenariats, mais reste intimement lié aux États-Unis par ses ventes d’armes et son système pétrodollar.
-
Iran : en rejoignant les BRICS, Téhéran espère briser son isolement et trouver des alliés face aux sanctions occidentales. Mais son entrée met directement en porte-à-faux ses rivaux sunnites.
-
Égypte : elle voit dans le groupe une chance de renforcer son rôle stratégique entre Méditerranée et Afrique. Mais ses difficultés économiques en font plus un bénéficiaire qu’un contributeur.
-
Éthiopie : puissance émergente de la Corne de l’Afrique, elle cherche une reconnaissance internationale. Pourtant, elle reste fragilisée par des conflits internes et une économie encore fragile.
Au final, cet élargissement ajoute une diversité extrême de situations et de priorités, ce qui complique toute prise de décision commune.
Des contradictions explosives
Les nouveaux membres ne sont pas neutres entre eux. Ils amènent au contraire leurs rivalités historiques au cœur des BRICS.
-
Arabie saoudite et Iran : leur confrontation pour l’influence au Moyen-Orient, du Yémen à la Syrie, n’est pas effacée par une adhésion commune. Elle se transpose désormais dans le bloc.
-
Égypte et Éthiopie : la question du Nil et du barrage de la Renaissance est explosive. Ces deux pays risquent d’utiliser la scène des BRICS pour s’affronter diplomatiquement.
-
Chine et Inde : la rivalité frontalière et stratégique reste centrale et empêche toute véritable unité asiatique.
Chaque élargissement accroît le risque que le forum devienne une scène de rivalités plutôt qu’un espace de coopération.
L’absence de gouvernance commune
Contrairement à l’Union européenne, les BRICS n’ont pas de structure institutionnelle solide. Pas de parlement, pas de commission, pas de mécanisme contraignant. Les décisions sont prises par consensus.
Avec cinq membres, cet équilibre était déjà difficile à maintenir. Avec dix, il devient presque impossible. Plus les divergences s’accumulent, plus la paralysie guette.
Résultat : les BRICS risquent de rester un simple forum diplomatique où les grandes puissances (Chine, Russie, Inde) avancent leurs pions, pendant que les autres jouent les seconds rôles.
Plus de nombre ≠ plus de puissance
L’argument principal des défenseurs de l’élargissement est quantitatif : plus de membres, plus de population, plus de PIB.
-
Les BRICS élargis représentent plus de 40 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat.
-
Ils regroupent plus de la moitié de la population mondiale.
-
Leur présence couvre désormais tous les continents.
Mais ces chiffres sont trompeurs. La puissance ne réside pas seulement dans le nombre, mais dans la cohésion et l’efficacité. Une coalition divisée par ses propres rivalités ne peut pas peser autant qu’un groupe plus restreint mais cohérent comme le G7.
Comment l’Occident perçoit cet élargissement
Aux États-Unis et en Europe, l’élargissement des BRICS est suivi avec attention, mais pas avec crainte. Beaucoup d’analystes y voient une démonstration de faiblesse plutôt que de force.
-
En accueillant des pays aux agendas contradictoires, les BRICS deviennent plus fragiles.
-
L’absence de mécanismes institutionnels fait que l’élargissement complique la gouvernance.
-
Les promesses de monnaie commune ou de bloc économique alternatif apparaissent encore moins crédibles.
L’élargissement impressionne symboliquement, mais il renforce l’image d’un bloc hétéroclite incapable d’agir réellement.
Parallèles historiques : quand les coalitions s’élargissent trop
L’histoire montre que les coalitions trop vastes peinent à durer.
-
La Sainte-Alliance au XIXᵉ siècle réunissait des monarchies européennes autour de principes communs, mais elle s’est vite fracturée faute d’intérêts partagés.
-
La Ligue arabe a rassemblé de nombreux États du Moyen-Orient, mais ses divisions internes l’ont rendue largement inefficace.
-
Même l’Union africaine peine à s’imposer comme acteur international faute de cohésion entre ses membres.
Les BRICS risquent de suivre ce chemin : un élargissement qui impressionne sur le papier, mais qui réduit la capacité d’action réelle.
Conclusion : le nombre contre la cohérence
L’élargissement des BRICS est présenté comme un succès diplomatique. Mais en pratique, il accentue les contradictions d’un groupe déjà divisé.
-
Plus de membres, c’est plus de rivalités.
-
Plus de symboles, c’est moins de cohérence.
-
Plus de discours, c’est moins d’actions.
L’élargissement BRICS donne l’illusion de la puissance, mais fragilise leur crédibilité politique. Ce bloc apparaît de plus en plus comme une vitrine diplomatique dominée par la Chine, incapable d’offrir une stratégie commune.
En géopolitique, le nombre ne fait pas tout. Ce qui compte, c’est la cohésion, la gouvernance et la capacité d’agir. Autant d’éléments que l’élargissement des BRICS rend encore plus difficiles à atteindre.