Les BRICS ralentissent : la fin du moteur chinois

Présentés comme l’alternative au monde occidental, les BRICS entrent à leur tour dans la zone grise du ralentissement global. La Chine, moteur historique du groupe, peine à maintenir sa dynamique, entraînant dans son sillage un bloc fragilisé et divisé. Entre dépendance économique et illusions d’indépendance, le rêve du Sud global s’essouffle.

 

Le rêve émergent s’essouffle

Créé pour symboliser la revanche du Sud sur l’Occident, le groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, rejoints depuis par d’autres membres) devait annoncer le basculement du monde. Vingt ans plus tard, le tableau est tout autre : le moteur chinois cale, la Russie s’épuise dans la guerre, le Brésil et l’Afrique du Sud stagnent, et même l’Inde, pourtant dynamique, subit le contrecoup du ralentissement mondial.

La promesse d’une alternative solide à l’économie occidentale se fissure. Car les BRICS, censés s’émanciper du dollar et du commerce global dominé par les États-Unis, dépendent toujours des mêmes flux : ceux de la Chine et de leurs exportations vers les marchés européens et américains. Le ralentissement n’est pas une chute brutale, mais une érosion progressive, révélatrice d’un bloc incapable de se substituer à l’ordre économique qu’il prétendait concurrencer.

 

La Chine, un géant qui fatigue

Au cœur du problème, la Chine. Longtemps moteur du bloc, elle connaît depuis 2024 un essoufflement marqué. Sa croissance, autrefois à deux chiffres, ne dépasse plus 4,3 % selon le FMI (World Economic Outlook 2025). Trois raisons dominent :

  • la crise immobilière, qui détruit la confiance des ménages et ruine une part du secteur bancaire ;

  • la dette colossale des collectivités locales, atteignant 90 % du PIB selon la Banque mondiale ;

  • et la chute des exportations vers les États-Unis et l’Union européenne, victimes du protectionnisme et du ralentissement mondial.

Ce coup de frein chinois rejaillit sur tout le bloc. Le Brésil voit la demande de soja et de minerai de fer s’effondrer. L’Afrique du Sud vend moins de métaux rares. Même l’Arabie saoudite, nouvel arrivant, doit réduire sa production pétrolière faute de demande. Les BRICS découvrent ainsi leur paradoxe fondateur : ils se voulaient indépendants de l’Occident, mais ils dépendent d’une Chine elle-même dépendante des marchés occidentaux.

 

L’effet domino des dépendances

Le ralentissement chinois agit comme un effet domino. L’Inde, qui devait symboliser la relève, reste prisonnière de ses déséquilibres internes : infrastructures insuffisantes, chômage massif des jeunes, et déficit énergétique chronique. Le Brésil retombe dans la stagnation, oscillant entre austérité budgétaire et récession. L’Afrique du Sud affronte des coupures d’électricité quotidiennes et un chômage de 32 %.

Même la Russie, dont les hydrocarbures irriguent encore l’économie asiatique, ne tire plus profit de ses exportations : le pétrole est bradé, et la dépendance à la Chine accentue son isolement stratégique. Les BRICS ne forment plus un moteur collectif, mais une mosaïque de ralentissements synchronisés.

Selon la Banque mondiale (Global Economic Prospects, octobre 2025), la croissance moyenne du bloc est tombée à 2,5 %, soit à peine au-dessus de la moyenne mondiale. L’écart de performance entre les BRICS et les pays développés s’est effacé un symbole cruel pour ceux qui voyaient dans le bloc le nouveau centre du monde.

 

L’illusion de la “décorrélation”

Depuis des années, les dirigeants du Sud global promettent une “décorrélation” : l’idée que leurs économies pourraient se libérer des cycles occidentaux. Mais le mythe se brise. Les chaînes de valeur mondiales restent dominées par le dollar, par les brevets occidentaux et par la demande européenne.

Le Fonds monétaire international parle désormais d’une “décorrélation incomplète”. Les BRICS commercent entre eux, mais la plupart de leurs exportations concernent encore les marchés extérieurs : 60 % pour la Chine, 45 % pour le Brésil. Autrement dit, le “Sud global” reste dépendant du Nord, même lorsqu’il proclame son autonomie.

Le projet de monnaie commune des BRICS, censé réduire la dépendance au dollar, reste au point mort. Les désaccords entre la Chine et l’Inde bloquent toute avancée concrète. Les ambitions politiques se heurtent à la réalité économique : sans moteur monétaire ni convergence industrielle, les BRICS ne sont qu’une alliance de circonstances, pas une union structurée.

 

L’Europe et les États-Unis, paradoxalement renforcés

Ironie du sort : ce ralentissement des BRICS renforce l’influence occidentale. En 2025, les investissements directs étrangers (IDE) vers les États-Unis et l’Union européenne ont augmenté de 12 %, tandis qu’ils reculaient de 8 % vers la Chine et la Russie (source : UNCTAD World Investment Report 2025). Les investisseurs fuient l’incertitude politique du bloc émergent pour revenir vers des zones perçues comme stables.

L’Europe, affaiblie sur le plan industriel, retrouve pourtant un rôle central dans le commerce mondial grâce à son poids normatif et à la transition énergétique. Les États-Unis, de leur côté, profitent de l’augmentation du prix du gaz liquéfié exporté vers l’Asie. L’ordre mondial, que les BRICS espéraient renverser, se réaffirme par la stabilité relative du centre face aux marges fragilisées.

 

Un bloc en quête de sens

Les BRICS ne sont pas morts, mais ils doutent d’eux-mêmes. La rhétorique anti-occidentale ne suffit plus à masquer les rivalités internes. L’Inde refuse l’hégémonie chinoise ; le Brésil hésite entre Washington et Pékin ; l’Afrique du Sud s’enfonce dans la crise sociale ; la Russie ne survit que grâce à son pétrole.

Ce bloc sans vision commune incarne le ralentissement d’un monde multipolaire promis mais jamais achevé. L’idée d’une revanche du Sud sur le Nord se dissout dans la réalité économique : la mondialisation ne s’inverse pas, elle s’essouffle.

 

Conclusion

Le ralentissement des BRICS n’est pas un accident, mais un symptôme global. Il révèle que le monde post-occidental reste dépendant des structures qu’il prétend remplacer. La Chine, autrefois locomotive, devient un frein ; les autres membres subissent ses secousses.

Les BRICS ne s’effondrent pas : ils s’alignent sur le rythme du monde qu’ils contestaient. Le Sud global découvre que l’autonomie économique ne se décrète pas — elle se construit, lentement, dans la cohérence des modèles. Et pour l’heure, cette cohérence manque.


Sources

  • IMF – World Economic Outlook (oct. 2025) : projection de croissance mondiale en ralentissement, détails par pays (Chine incluse). 

  • AP News (aug. 2025) : la Chine abaisse son objectif de croissance ~4,5 % pour 2025, en raison de l’immobilier et de la demande faible.

  • Reuters (janv. 2025) : la croissance 2024 de la Chine a été tirée artificiellement par des exportations “surge” de fin d’année, laissant présager un essoufflement en 2025. 

  • World Bank – Global Economic Prospects (juin 2025) : pressions à la baisse dans plusieurs économies émergentes (dont BRICS), risques immobiliers en Chine, resserrement financier. 

  • OECD – Economic Outlook (sept. 2025) : signaux de fléchissement de la croissance mondiale en 2ᵉ partie 2025 ; la Chine soutenue par des mesures budgétaires mais freinée par l’immobilier. 

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