
Depuis 2020, les BRICS annoncent vouloir créer leur propre réseau de paiement international, capable de concurrencer SWIFT. L’objectif affiché est clair : se libérer de la domination du dollar et des sanctions occidentales. Pourtant, cinq ans plus tard, rien de concret n’a émergé. Entre les annonces politiques et la réalité technique, le fossé reste immense — révélateur des contradictions d’un bloc qui rêve d’indépendance sans parvenir à s’unir.
Une promesse répétée depuis 2020
Dès le début des années 2020, la Russie, soutenue par la Chine, a fait du “SWIFT alternatif” un symbole d’émancipation financière. L’idée a pris de l’ampleur après l’exclusion de plusieurs banques russes du réseau international, lors de la guerre en Ukraine. Les dirigeants des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ont alors promis une “infrastructure financière souveraine”, indépendante de l’Occident. Sur le papier, le projet semblait crédible : un réseau de paiements internes, basé sur les devises locales, capable d’assurer des transactions entre pays émergents sans passer par le dollar. Dans la pratique, il n’a jamais dépassé le stade des intentions. Les systèmes nationaux créés séparément — le SPFS russe et le CIPS chinois n’ont jamais fusionné, ni même communiqué efficacement entre eux.
Une dépendance que personne n’assume
Derrière la rhétorique de rupture, les BRICS continuent d’utiliser massivement SWIFT. En 2024, plus de 80 % de leurs échanges commerciaux internationaux passent encore par ce réseau. Car malgré sa réputation “occidentale”, SWIFT n’est pas une banque : c’est une infrastructure technique, fiable et universelle, utilisée par 11 000 institutions financières. Les dirigeants dénoncent la dépendance, mais aucun ne prend le risque de s’en passer. Les grandes entreprises brésiliennes, indiennes ou sud-africaines commercent avec les États-Unis et l’Europe, et donc avec le dollar. Le discours anti-SWIFT séduit les chancelleries, mais l’économie réelle reste branchée sur le système qu’elle prétend fuir.
Les obstacles d’une coordination impossible
Créer un réseau commun suppose une gouvernance partagée, une interopérabilité des systèmes, et surtout une confiance mutuelle. Or, les BRICS n’ont ni l’un ni l’autre. La Chine, première puissance économique du groupe, rêve d’imposer le yuan comme devise de référence. L’Inde refuse catégoriquement de se retrouver sous influence chinoise. La Russie, isolée par les sanctions, cherche avant tout à trouver des circuits d’évasion financière rapides, pas à construire une architecture stable. Résultat : chaque pays avance dans son coin. Le SPFS russe, lancé en 2014, reste un réseau limité à quelques centaines de banques locales. Le CIPS chinois, censé internationaliser le yuan, fonctionne mais reste concentré sur les échanges asiatiques. Les deux systèmes ne sont pas compatibles. Aucun cadre juridique ne garantit la sécurité ni la neutralité des transactions. Et la gouvernance des BRICS, fondée sur le consensus, bloque toute avancée réelle.
Des discours de rupture, une réalité d’impuissance
En pratique, le projet d’un “SWIFT des BRICS” tient plus du symbole diplomatique que de la réalité économique. Il alimente une communication politique flatteuse — celle d’un monde “multipolaire” qui n’aurait plus besoin de l’Occident —, mais sans impact concret. Même les nouveaux membres du groupe (Arabie saoudite, Égypte, Iran, Éthiopie, Émirats arabes unis) savent qu’un tel système ne peut fonctionner sans standards communs ni stabilité monétaire. Pendant ce temps, SWIFT, lui, continue d’innover : adoption de la blockchain, paiement instantané, et coopération avec les banques centrales sur les monnaies numériques. Les BRICS, qui voulaient rompre avec la domination technologique américaine, accusent désormais un retard structurel.
Conclusion — L’union monétaire introuvable
Depuis cinq ans, les BRICS répètent leur volonté de bâtir un système financier indépendant. Mais leurs divisions internes, leur dépendance au commerce occidental et leur absence de vision commune condamnent le projet à rester un slogan. Le rêve d’un SWIFT alternatif aurait pu marquer un tournant dans l’histoire économique mondiale. Il est devenu un symbole d’impuissance collective : celle d’un groupe de puissances émergentes unies contre le dollar… mais incapables de s’unir entre elles.
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