Il n’exista jamais plusieurs royaumes pour l’humanité, mais un seul et unique, vaste comme l’horizon, profond comme la mémoire des âges. On l’appela le Grand Royaume des Hommes, car il ne pouvait être divisé sans se perdre. Les hommes de l’Âge d’or ne concevaient pas d’autre destinée que celle de vivre ensemble, sous une même bannière, dans l’unité d’une seule demeure.
À la tête de ce royaume se tenaient sept souverains. On les nomma les Sept Grands Rois des Hommes. Chacun d’eux portait une vertu, chacun incarnait un principe, mais aucun ne s’élevait au-dessus des autres. Ils formaient un cercle, une assemblée où les décisions n’étaient pas imposées par décret, mais trouvées dans l’harmonie. Jamais l’un ne parlait sans écouter les six autres, jamais l’un ne s’avançait sans que tous s’accordent. Car il n’y avait pas sept royaumes, mais un seul, et ils en étaient les gardiens indivisibles.
Sous leur autorité vivaient sept rois moindres, chacun veillant sur une vaste étendue du Grand Royaume. Ils n’administrèrent pas comme le feraient plus tard des souverains de pierre et de fer. Ils étaient des présences, des garants d’équilibre. Dans les plaines, les montagnes, les forêts ou les rivages, leur rôle était d’apaiser les conflits, de rappeler les pactes anciens, de maintenir la juste mesure entre les clans et les familles.
Autour d’eux se tenait une aristocratie, non pas faite de privilèges, mais de charges. Ces hommes et ces femmes portaient la mémoire, gardaient les chants, rappelaient les serments. Ils n’écrivaient pas de lois, car il n’y avait pas encore de lois. Ils veillaient à l’harmonie, aux rites qui liaient les vivants aux esprits, aux coutumes qui reliaient les hommes entre eux. Leur autorité ne venait pas de l’imposition, mais de la fidélité aux équilibres anciens.
Et enfin venait le peuple, innombrable, vivant dans la paix. Les hommes labouraient la terre, élevaient leurs enfants, façonnaient leurs maisons, partageaient leurs récoltes. Ils ne craignaient pas le glaive d’un juge, ni les édits d’un roi lointain. Ils savaient que la présence des Sept suffisait à maintenir l’équilibre, et que leur unité protégeait l’unité de tous.
Car le Grand Royaume des Hommes n’était pas isolé : il se tenait au croisement des mondes. Les grands esprits, témoins de la création, reconnaissaient aux Sept une place singulière. Les dieux eux-mêmes les considéraient comme un pont, un cercle d’humanité au cœur du cosmos. Les Sept ne commandaient pas aux esprits, mais ils vivaient en accord avec eux. Leur rôle n’était pas d’imposer la loi, mais de préserver l’harmonie entre les hommes, les dieux et la nature.
Ainsi se dressait la hiérarchie sacrée : au sommet, les Sept Grands Rois, piliers de l’humanité, liés aux dieux et aux esprits. Autour d’eux, les sept rois moindres, garants de l’équilibre terrestre. Plus bas, l’aristocratie, gardienne des chants et des serments. Enfin, le peuple, racine et fruit de ce royaume indivisible.
Et tous, du plus humble laboureur jusqu’au plus ancien des rois, savaient qu’ils n’étaient pas dispersés. Ils étaient unis dans un seul royaume, car diviser l’humanité, c’était briser l’harmonie du monde.