Refuser la vaccination en EHPAD, c’est trahir la solidarité

Un vote révélateur d’une dérive morale

L’Assemblée nationale a récemment rejeté la vaccination obligatoire contre la grippe pour les résidents d’EHPAD et certains soignants, au terme d’un débat qui a surpris autant qu’il a révélé. L’article du Monde l’a bien résumé : l’extrême droite et l’extrême gauche se sont retrouvées main dans la main pour dire non. Ce vote, au-delà de son aspect technique, expose un glissement dangereux : celui d’une société qui, sous couvert de liberté, oublie la responsabilité envers les plus vulnérables.

Car les EHPAD ne sont pas de simples lieux de vie. Ce sont des structures médicalisées accueillant des personnes âgées dépendantes, fragilisées, souvent atteintes de multiples pathologies. Si ces établissements existent, c’est précisément parce que les résidents ne peuvent plus vivre seuls. La promiscuité, les soins répétés, la fragilité des organismes font qu’un virus grippal y devient une arme létale. Refuser la vaccination obligatoire dans un tel contexte, c’est ignorer la nature même de ces lieux : des espaces de vie protégée, où la solidarité sanitaire doit primer sur les revendications individuelles.

 

Quand la liberté devient une excuse commode

Le plus frappant dans ce vote, c’est la convergence des extrêmes autour d’un argument commun : la liberté individuelle. À droite radicale, on invoque la méfiance envers “l’ingérence de l’État” et “la bureaucratie sanitaire”. À gauche radicale, on dénonce une “contrainte médicale” et une atteinte au “droit de disposer de son corps”. Ces discours, pourtant opposés, aboutissent à la même abdication : l’indifférence face au risque collectif.

Cette alliance du refus dit beaucoup du climat politique actuel : chacun se revendique d’un principe abstrait pour éviter d’assumer une réalité concrète. La droite y voit une victoire de la “liberté”, la gauche une défense du “choix personnel” — mais ni l’une ni l’autre ne parle des morts évitables, des services débordés, ni des familles endeuillées.

Or, il faut le dire clairement : dans un EHPAD, la liberté individuelle n’est pas illimitée, parce que nos choix ont des conséquences directes sur autrui. Une personne non vaccinée dans une collectivité à haut risque n’exerce pas seulement un droit, elle met en danger la vie des autres.

 

Le paradoxe moral de la gauche

Ce qui rend le refus de la gauche radicale encore plus troublant, c’est sa contradiction idéologique. Depuis des décennies, elle se revendique de la solidarité, du collectif, du bien commun. Elle prône la responsabilité envers la communauté et la défense des plus fragiles. Et pourtant, face à une mesure de santé publique pensée précisément pour protéger les faibles, elle invoque le “droit individuel” comme ultime rempart. C’est un renversement moral sidérant : la gauche, censée défendre le principe de solidarité, adopte le discours de l’individualisme libéral qu’elle combat d’ordinaire.

On entend dire qu’“il faut convaincre, pas contraindre”. Certes. Mais dans un EHPAD, convaincre ne suffit pas, car le risque collectif dépasse la conviction personnelle. La grippe, comme le Covid hier, n’attend pas la persuasion pour frapper. Il ne s’agit pas d’une philosophie, mais d’un impératif de santé publique.

 

Les soignants et le serment trahi

Plus encore que pour les résidents, cette question est cruciale pour les soignants. Ceux-ci ont choisi un métier fondé sur le soin, la protection et la prévention. Leur serment, inspiré d’Hippocrate, les engage à ne pas nuire, à agir pour le bien du patient, à prévenir autant qu’à guérir. Comment concilier cette éthique avec un refus de vaccination, alors même que l’on travaille auprès de publics fragiles ?

Refuser le vaccin, c’est accepter de devenir un vecteur potentiel de maladie. C’est transformer un devoir professionnel en une opinion personnelle, un engagement médical en un débat d’opinion. On ne peut pas invoquer la “liberté du soignant” pour justifier ce qui revient à compromettre la santé de ceux qu’on soigne. Là encore, la liberté ne saurait excuser la démission morale.

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