
Sous le soleil d’éternité, là où les vents des déserts s’unissent aux souffles des forêts, s’étendait le Royaume d’Afrique. Nulle frontière ne bornait ses plaines, car il était vaste comme la mémoire du monde. Ses peuples, les Balharru, se nommaient eux-mêmes les Vaillants — non par orgueil, mais parce qu’ils se savaient gardiens d’un ordre plus grand qu’eux. Ils portaient en eux la force des dieux, la chaleur du sol et la fidélité des pierres. Dans leurs cœurs brûlait la promesse ancienne : protéger l’Imperium céleste, non par la prière, mais par la vaillance et le devoir.
Leur roi, Zanakélos, était un homme de feu et de sagesse. On disait que lorsqu’il parlait, la terre elle-même se redressait pour écouter. Ses pas faisaient vibrer les routes d’or et de marbre qui menaient à Zanara, la capitale de splendeur et de lumière. Les murs y luisaient comme des aurores, et les colonnes dressées vers le ciel semblaient vouloir rejoindre les dieux. Sous ces voûtes, les Balharru vivaient en paix, non par faiblesse, mais par équilibre : ils savaient que la vraie puissance n’était pas dans la conquête, mais dans la constance.
Chaque matin, le roi montait sur la terrasse haute du palais. Là, il contemplait la plaine, les fleuves et les montagnes lointaines. Son regard embrassait tout ce que la lumière touchait — et au-delà, il sentait battre la pulsation du monde. Les dieux ne parlaient pas toujours, mais leurs signes suffisaient. Un vent plus chaud, une lueur dans le sable, un oiseau venu trop tôt : tout cela était message, et le roi savait les entendre. Dans ces présages, il lisait le devoir du peuple Balharru : garder la cohésion de la terre, maintenir la balance du monde.
Le peuple vivait selon cette harmonie. Les artisans façonnaient les métaux pour célébrer les dieux, les enfants apprenaient le nom des vents et des étoiles, les anciens enseignaient que servir l’Imperium, c’était d’abord aimer la création. Nul temple ne séparait les hommes du divin : les rivières, les pierres et le feu étaient déjà des prières. La vie, pour les Balharru, était un culte continu, offert par la simple justesse des gestes et la beauté du travail accompli.
Quand Zanakélos marchait parmi son peuple, il n’était pas un roi distant. Il écoutait les chants des cultivateurs, regardait les artisans peindre les jarres de cuivre, s’arrêtait devant les forgerons dont les marteaux résonnaient comme des hymnes. Il leur disait : « Ce que vous faites, c’est ce que les dieux respirent. » Et chacun sentait, dans le battement de son cœur, qu’il participait à la symphonie du monde.
Mais nul royaume, si grand fût-il, ne pouvait ignorer la rumeur qui venait du lointain. Les vents du nord portaient parfois des souffles plus lourds, des grains de sable ternis, des silences dans le cri des oiseaux. Zanakélos, le soir, demeurait longtemps sur les remparts, le regard tourné vers l’horizon. Il sentait une tension invisible, un murmure trop calme, comme si la lumière elle-même retenait sa respiration.
Pourtant, il ne craignait pas. Le roi savait que l’Imperium céleste reposait sur la fidélité de ses gardiens. Tant que les Balharru resteraient droits, tant que leurs bras soutiendraient la justice et que leurs cœurs refuseraient la peur, le Néant ne franchirait pas les portes du monde. Et si l’ombre devait venir, elle trouverait face à elle les boucliers des Vaillants, polis par la lumière et par l’espérance.
Ainsi se levait chaque aube sur le Grand Royaume d’Afrique : éclatante, fière, invincible en apparence, mais déjà consciente du poids de sa mission. Car défendre la paix du monde, c’est porter le fardeau des dieux sans jamais fléchir. Et tandis que le soleil plongeait chaque soir dans les sables brûlants, les Balharru levaient leurs yeux vers le ciel, promettant à voix basse : « Tant que nous serons debout, l’Imperium vivra. »