Le Retour de Sirena à Wanaxadomos

Les vents d’ouest soufflaient sur les toits de Wanaxadomos lorsque Sirena revint. La cité baignait dans une lumière douce, un soir de fin d’été. Les cloches sonnaient au loin, et les gardes du palais, surpris, s’inclinèrent à son approche. Depuis des mois, la Reine du Royaume Marin accompagnait Ansugaisos dans les terres lointaines. Mais la chaleur des déserts, la sécheresse des plaines, et surtout l’absence d’Eryalis avaient fini par fendre son cœur. Elle rentrait, non comme une souveraine, mais comme une mère qu’un seul visage appelle.
La capitale semblait la reconnaître. Les rues s’ouvraient sur son passage, les jardins embaumaient d’un parfum d’eau et de pierre. Le crépuscule descendait lentement sur la ville, dorant les dômes et les statues. Sirena franchit le grand portail du palais, le regard perdu, les yeux brillants de fatigue et d’espoir mêlés. Dans la cour intérieure, les servantes s’immobilisèrent. Eryalis accourut avant toutes, ses pas résonnant contre les dalles, ses cheveux pris dans le vent.
Quand leurs regards se croisèrent, le monde se fit silence. L’enfant se jeta dans les bras de sa mère, et Sirena, oubliant toute dignité royale, s’agenouilla pour la serrer contre elle. Elles pleuraient toutes deux, longtemps, sans parler. Les larmes coulaient sur leurs joues et se mêlaient sur le sol de marbre, comme si la mer elle-même retrouvait la terre. Le palais entier retenait son souffle : dans ce moment suspendu, il n’y avait plus ni royaumes ni guerres, seulement le retour d’une mère à sa fille.
Quand les sanglots se turent, Sirena passa sa main dans les cheveux d’Eryalis.

Tu as grandi, dit-elle doucement.

Tu es revenue, murmura la fillette.

Oui. J’ai suivi ton père là où la chaleur étouffe les rivières, mais je ne pouvais plus respirer loin de toi.Eryalis leva les yeux, pleins de larmes.

Et lui ? Il ne reviendra pas ?Sirena secoua la tête, la voix plus basse : Pas encore. Le monde a besoin de lui. Mais il pense à nous. Il m’a dit que nos noms voyagent dans chaque vent.
Elles se levèrent et gagnèrent les jardins, là où l’eau des bassins reflétait la lueur du ciel. Des roses et des lys entouraient les fontaines, et l’air sentait le miel et la pierre. Sirena s’assit sur le rebord d’un bassin, Eryalis à ses côtés. L’enfant prit la main de sa mère, encore tiède du soleil du voyage. Tu ne repartiras plus ?

Pas tant que la mer me laissera rester, répondit la reine en souriant.
Le vent tourna, portant des odeurs de pluie. Sirena ferma les yeux un instant, comme pour écouter quelque chose que seule elle pouvait entendre. Puis elle se pencha vers sa fille et dit d’une voix presque chuchotée :

Il y a une chose que tu dois savoir. La Grande Reine des Hommes, Kadingirra-Saphira, attend un enfant.Eryalis la regarda, surprise.

Un enfant ?

Oui. C’est un signe, ma fille. Quand la vie renaît au milieu du désespoir, cela veut dire que le monde n’a pas oublié comment espérer.
Eryalis posa sa tête sur son épaule. Leurs visages se touchaient encore, et leurs souffles se mêlaient. Dans les jardins, les lampes s’allumèrent une à une, renvoyant leur lumière sur l’eau calme. Sirena effleura la joue de sa fille du bout des doigts.

Dors tranquille, dit-elle. Je suis là maintenant.L’enfant ferma les yeux, épuisée par les larmes et la joie. Le vent s’apaisa, et la nuit s’installa, paisible.
Ce soir-là, Wanaxadomos demeura silencieuse. Certains gardes jurèrent avoir vu les reflets du bassin prendre une teinte d’argent, comme si la mer saluait le retour de sa reine. D’autres dirent que le vent avait porté, jusqu’au-delà des tours, un murmure à la voix d’homme. Peut-être Ansugaisos lui-même, parlant à travers le monde. Mais nul ne sut le dire. Seule la capitale, ce soir-là, semblait respirer plus doucement, apaisée de revoir la mer dormir dans ses murs.

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