
Avant le départ, la Reine Sémiramis s’approcha de la Grande Reine et s’inclina devant elle. Sa voix était douce, mais ferme, empreinte d’une autorité ancienne. Elle lui dit qu’elle garderait son territoire, qu’elle veillerait sur les cités de Karsumer et sur les peuples du Levant jusqu’à leur retour. Elle jura que nul mal ne franchirait les frontières tant que la lumière du temple subsisterait dans les cieux. Kadingirra-Saphira, apaisée, retourna vers l’Orient, laissant à Ansugaisos la garde du voyage vers le Sud.
Les compagnons du Grand Roi des Hommes reprirent alors la route vers le domaine de Zanakélos, celui qui régnait sur les vastes royaumes du Sud, que l’on nommerait plus tard Afrique. Le voyage fut long, traversant d’abord des vallées brûlées par le vent, puis des plaines autrefois fertiles où la vie semblait se retirer. À mesure qu’ils avançaient, Ansugaisos observait la verdure se flétrir, les feuilles jaunir, les eaux se tarir. Le souffle chaud du désert s’étendait comme une marée invisible, avalant les prairies et les forêts. La terre, jadis douce et généreuse, prenait une couleur de cuivre et de cendre.
Lorsque la Compagnie atteignit enfin la capitale du royaume africain, Zanara, ils furent saisis par sa splendeur. La cité s’étendait sur plusieurs collines, baignées d’une lumière d’or. Les murs et les tours, bâtis d’ivoire et de marbre, brillaient comme des joyaux sous le soleil. Les dômes d’argent reflétaient le ciel, et les jardins royaux exhalaient un parfum de myrrhe et de résine. C’était un lieu de puissance et d’harmonie, né du feu et de la sagesse des anciens rois. Les statues de lions et de phénix ornaient les portiques, et dans les vastes places, les peuples rendaient encore hommage à leurs dieux, ignorant la menace qui rampait sous leurs pieds.
Mais Zanakélos n’était pas seul pour défendre sa terre. Autour de lui veillaient les Khalari, les gardiens d’écailles et de vent : des créatures nées des tempêtes de sable et des sources enfouies, aux yeux de cuivre et aux ailes de poussière. Dans les forêts du Sud, vivaient encore les Ophélas, êtres de brume et de lumière, qui pouvaient traverser la pierre comme on traverse l’eau. Ils apparaissaient parfois aux frontières du royaume, leurs chants couvrant le bruit des dunes, protégeant les voyageurs égarés. Et dans les profondeurs du fleuve royal, les Naaras, esprits d’eau et d’étoiles, faisaient luire leurs écailles d’argent sous la lune, gardiennes invisibles du trône africain.
Tous ces êtres, anciens comme la terre elle-même, servaient le Grand Roi dans la paix comme dans la guerre. Zanakélos, fils du feu et de la vaillance, leur avait donné refuge quand les premiers âges du monde s’étaient effondrés. En retour, ils s’étaient liés à son sang. Leurs présences parcouraient encore les murs du palais, glissaient sous les voûtes, veillaient sur les portes sacrées et sur les fontaines d’or. C’était un royaume où les hommes et les esprits vivaient encore dans la même mémoire.
Mais déjà, sous cette beauté éclatante, quelque chose s’effritait. La chaleur pesait, les eaux des fontaines se faisaient plus rares, et certains quartiers semblaient couverts d’une fine poussière rouge. Zanakélos accueillit le Grand Roi des Hommes sur le parvis de son palais. Sa stature rayonnait encore, mais dans son regard se lisait l’inquiétude. Il parla d’une voix lente et grave, disant que même les terres bénies du Sud n’étaient plus à l’abri, que les vents changeaient, et que la sève des arbres se retirait avant la saison.
Ansugaisos écouta ces paroles en silence. Derrière lui, les compagnons échangeaient des regards sombres. Tous savaient que le désordre s’étendait plus vite qu’ils ne l’avaient cru. Les royaumes de l’aube et du crépuscule n’étaient plus isolés : la même ombre les liait désormais, traversant les mers, les sables et les monts. Et tandis que la nuit tombait sur Zanara, la capitale d’or et d’ivoire, le Grand Roi leva les yeux vers le ciel. Nulle étoile ne brilla.
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