La Route de Karsumer

Lorsque la montagne fut scellée et que les vents se turent, Ansugaisos ordonna le départ.La Compagnie marcha vers l’Orient, là où les plaines s’étendaient sous un ciel de cuivre et où l’air portait encore les parfums des anciens encens. Les étoiles guidaient leurs pas. Kadingirra-Saphira avançait en silence, son regard tourné vers la lumière du levant, là où se dressait Karsumer, la grande cité du Levant, joyau du monde et demeure de Sémiramis, Reine des fleuves et des vents.
Karsumer apparaissait à l’horizon comme une vision d’or et de pierre. Ses murailles étaient couvertes de briques vernissées aux reflets d’azur, gravées de symboles que les hommes appellent plus tard cunéiformes. Des portes colossales, gardées par des taureaux ailés et des sphinx de cuivre, ouvraient sur des avenues bordées de colonnes hautes comme des palmiers.Des ziggurats coiffées d’or s’élevaient entre des obélisques d’albâtre, et les toits des temples portaient des dômes sertis de lapis et de turquoise.De grandes processions descendaient les marches des sanctuaires, portant des encensoirs et des cornes d’abondance. Des prêtres vêtus de blanc chantaient en langue ancienne, et leurs voix résonnaient dans la chaleur d’airain des places solaires.
C’était une cité d’ordre et de lumière, mais non sans mystère : au crépuscule, les ombres des tours s’allongeaient sur les canaux, et l’on disait qu’au fond de l’eau dormaient les reflets des dieux.
Sémiramis accueillit la Compagnie dans la salle des Lions Solaires.Elle portait un voile d’or fin et un diadème taillé dans une seule pierre d’ambre. Ses yeux brillaient comme la surface du Tigre au matin.— Les vents m’ont parlé de toi, dit-elle à Ansugaisos. L’ombre monte, même ici, sous les colonnes du Levant. Les statues pleurent des larmes de pierre, et les prêtres ne rêvent plus.
Kadingirra-Saphira répondit doucement :— Nous avons refermé la première faille, mais le vide s’étend. Le Sud s’agite.
Alors Sémiramis fit venir les savants de la Tour du Zénith et les gardiens du Temple du Soleil. Tous parlaient d’une force noire glissant sous les sables, plus ancienne que le temps.Ansugaisos écouta sans mot dire, puis se leva.— Si l’ombre vient du Sud, dit-il, nous devons rencontrer le Roi d’Afrique avant qu’elle n’engloutisse les royaumes.
Karsumer leur offrit l’hospitalité des rois : les jardins suspendus bruissaient de chants, les bassins miroitaient sous les torches. Mais le lendemain, ils reprirent la route. Les dunes s’étendaient devant eux comme un océan figé.
Au septième jour, ils virent se lever les murailles d’onyx du Sud.Là se tenait Zanakélos, Roi d’Afrique, Fils du Feu et du Courage, gardien des sables éternels. Son armure, forgée de cuivre et de soleil, étincelait comme une aurore inversée. À son approche, les vents se prosternèrent.
— Ansugaisos, dit-il, je t’attendais. Le souffle du Néant traverse déjà mes terres. Viens, Roi du Crépuscule. Viens sur mes dunes, car si la montagne fut scellée, le désert, lui, s’ouvre.
Et Ansugaisos sut alors que le cœur du monde battait encore, mais qu’il battait à contretemps du ciel.

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